Le Prix Marguerite Yourcenar

« On connaît très mal un écrivain par un seul de ses livres : les harmoniques de l'œuvre nous échappent. »
Marguerite Yourcenar, En pèlerin et en étranger.

C’est pour mieux approcher un auteur, appréhender son univers, (re)découvrir son talent que, chaque année, en décembre, le Prix Marguerite Yourcenar est décerné.
Doté de 8.000 euros par la Scam, il couronne un auteur ou une autrice pour l’ensemble de son œuvre.

Le Prix Marguerite Yourcenar s’inscrit désormais dans le paysage des prix littéraires et notamment ceux de la Scam : Prix Joseph Kessel et Prix François Billetdoux. Avec ces prix, les bourses Brouillon d’un rêve (aide à l’écriture), le soutien à des festivals littéraires, la Scam mène une action culturelle parallèlement à son activité première de gestion des droits d’auteur.


Le Prix Marguerite Yourcenar fête ses cinq ans

Haiku pour Marguerite
par Pascal Ory

Historien, membre de la Commission de l’Écrit de la Scam, Pascal Ory était président en 2015 de la Commission qui a créé le Prix Marguerite Yourcenar

Passion simple, vies minuscules, tous les matins du monde et, soudain, des nuits d’éveil : des éclairs.

Ainsi –ou tout autrement- pourrait s’écrire, à la date d’aujourd’hui, le haiku du prix Marguerite-Yourcenar.

Créer un prix, ce n’est pas rien. Mais, au regard de la société, le plus important vient ensuite : ce prix, encore faut-il le dénommer, encore faut-il le décerner. Le nom d’un prix indique une direction, mais les noms de ses lauréats la précisent, la nuancent ou l’infléchissent. De la voie à la voix.

Quand, il y a cinq ans, le conseil d’administration de la Scam a accédé au souhait de la commission de l’écrit de pouvoir désormais attribuer un prix littéraire –au reste très honorablement doté- pour « l’ensemble d’une oeuvre », la décision initiale aura été celle de choisir l’auteur sous l’égide duquel tous les lauréats seraient à l’avenir conviés à se placer. Et là, Marguerite Yourcenar s’est vite imposée. La signification philosophique de ce choix était clairement assumée, puisque celle qui avait mis en exergue de ses romans une série de fortes figures masculines (Alexis, Érich, Hadrien, Zénon,…) avait aussi été la première femme élue à l’Académie française. Mais l’égide était aussi celle d’une autrice complète, capable d’écrire de gros romans denses et documentés comme de courtes épures à la pointe sèche, des poèmes et des pièces de théâtre, des nouvelles orientales et des mémoires du nord, un essai sur Piranèse et un autre sur Mishima, capable aussi de traduire Henry James ou Virginia Woolf et d’être en langue française une grande médiatrice des blues et des gospels : bref, on tenait là, en une seule personne, la synthèse de toutes les compétences que réunit notre société et que représente sa commission de l’écrit.

Les cinq Prix Marguerite-Yourcenar décernés depuis lors ont confirmé le niveau d’exigence dont nous rêvions à l’origine, cette exigence qui honore les lauréats futurs par l’entremise des lauréats passés. Pierre Michon, Hélène Cixous, Annie Ernaux, Jean Échenoz, Pascal Quignard,… : des projets esthétiques et éthiques bien distincts, exprimés dans des écritures qui ne le sont pas moins. Mais, déjà, comme un air de famille : quelque chose de tenu et de nécessaire, une curiosité universelle et une préoccupation de la langue. Après tout, on appelle ça un écrivain.